On a tué l’esprit du web. On l’a étouffé à coups de mots-clés, de backlinks achetés au kilo, et de budgets pub qui crament plus vite que le climat. À l’origine, un lien sur internet, c’était un acte presque poétique : un clin d’œil, une reconnaissance, une recommandation sincère. Aujourd’hui ? C’est une ligne dans un tableau Excel. Une marchandise. Un levier SEO. Un business. Et devine qui empoche au passage ? Google
Le lien comme marchandise, pas comme relation
Le lien hypertexte, ce fondement du web, est devenu une monnaie d’échange. On achète, on vend, on trafique du lien comme on ferait de la contrefaçon de luxe. Pourquoi ? Parce que plus t’as de liens qui pointent vers toi, plus Google te trouve cool. Et dans ce système perverti, chaque site est poussé à jouer le jeu. Pas le choix. Tu veux exister ? Faut linker. Mais pas trop gratuitement, hein. Faut que ça ressemble à une vraie stratégie. Faut que ça paie.
Et qui en sort gagnant dans cette loterie cynique ? Le moteur de recherche en chef. Parce que plus les liens sont rendus artificiels, moins la navigation inter-site fonctionne. Les gens ne se promènent plus naturellement de site en site. Ils repassent par la case Google. Ils refont une recherche sur la marque, sur le nom du site. Encore. Et encore. Et chaque requête est une opportunité de pub.
Le hold-up des requêtes navigationnelles
Le pompon ? C’est que Google laisse les marques s’acheter elles-mêmes. Littéralement. T’es un site ? Félicitations. Tu vas devoir payer pour apparaître sur ton propre nom. Tu t’appelles “Carglass” ? Et bien figure-toi que tu vas devoir acheter “Carglass” en tant que mot-clé pour espérer que les gens tombent bien sur ton site et pas sur une armée de revendeurs ou de comparateurs qui auront eux aussi acheté ton nom.
On appelle ça les requêtes navigationnelles : quand un internaute tape directement le nom d’un site dans Google. Avant, ça aurait dû être gratuit. Logique. Naturel. Mais maintenant ? Tu raques. Parce que sinon, c’est ton concurrent qui apparaît en haut. Ou pire : c’est ton propre site, mais en dessous d’une pub… pour ton propre site. On marche sur la tête.

Une dépendance soigneusement entretenue
Ce système est vicieux. Car en poussant les éditeurs à miser sur des liens achetés pour grimper dans le ranking, Google casse la logique des liens spontanés. Et en même temps, il devient l’intermédiaire systématique de toute navigation. On ne va plus directement sur un site. On “Google” tout. Même un site qu’on connaît déjà. Résultat ? Les requêtes navigationnelles explosent. Et avec elles, le chiffre d’affaires de Google Ads. Bien joué, non ?
Le plus ironique, c’est que ce modèle force les marques à acheter leur propre trafic spontané. Celui qu’elles auraient dû obtenir gratuitement parce qu’il est généré par leur popularité. Elles investissent dans du contenu, du design, de la notoriété… mais finissent par payer pour que les gens arrivent quand même chez elles. C’est comme si on te faisait payer un billet de métro pour aller de ta chambre à ta cuisine.
Le web sous perfusion publicitaire
On a créé un web qui ne tient debout que grâce à la perfusion permanente de l’achat média. Le lien, ce qui devait relier, est devenu ce qui enferme, ce qui oblige à repasser sans cesse par le péage central : Google. Le géant a parfaitement verrouillé le système. En légalisant l’achat de noms de marques, en favorisant les requêtes navigationnelles, en gardant le contrôle sur l’algorithme du ranking, il transforme chaque interaction numérique en potentiel gain publicitaire. Et dégrade sérieusement la rentabilité des sites web.
Voilà où on en est. Le lien n’est plus un geste, c’est une facture. La navigation n’est plus fluide, elle est monétisée. Et le moteur de recherche n’est plus un outil : c’est le boss du web. Tout passe par lui. Mais rassurez-vous, sur les réseaux sociaux c’est pire.